Les mots sont importants: petit débroussaillage des agricultures alternatives

Par admin • 24 nov, 2009 • Catégorie: Approfondissement

Différents courants, différentes histoires, différentes normes aussi… La lecture du dossier du bimensuel Transrural Initiatives sur les « agriculture alternatives » (n°382 10 Juin 2009) nous semble très indiquée pour tirer ces idées au clair.

Essayons d’examiner les termes dans lesquels nous nous reconnaissons:

« Agriculture »: Voilà un bon début. C’est notre activité, et plus particulièrement la production végétale… et plus particulièrement le maraîchage!

« Alternative »: Cet adjectif désigne clairement le choix d’une « voie autre » face à un modèle dominant. Bien entendu, cette dénomination doit nécessairement être mise en action par la critique de ce fameux modèle dominant… et non pas utilisée à tout bout de champs. Il convient d’analyser finement les différentes dominations (économique, technique, sociale, politique, culturelle, scientifiques…) et de définir en quoi notre projet est en opposition avec celles-ci. Le terme d’ »agriculture alternative » connaît une définition fluctuante et englobante, elle permet de rassembler des héritages historiques, des pratiques parfois localisées et appartenant à des réseaux.

« Paysanne »: Sans être l’objet d’un « label », l’appellation d’agriculture paysanne possède une signification assez ancrée, notamment en France par les luttes menées par les Paysans Travailleurs et, à leur suite, la Confédération Paysanne. La définition de l’agriculture paysanne se base sur une approche intégrale et l’existence d’une société paysanne. La FADEAR (Fédération Associative pour le Développement Agricole et Rural) est un des principaux acteurs de la mise en valeur de cette vision de l’agriculture. L’opposition au crédo libéral du « Il n’y a pas de place pour tout le monde » s’incarne dans ce modèle où l’on cherche à maximiser l’emploi rural et répartir les volumes de production.

L’agriculture paysanne fait l’objet d’un indicateur mis en place par la FADEAR et la Confédération Paysanne permettant de mesurer, par exploitation, la réponse aux différents besoins.

Les différents besoins à satisfaire dans le cadre dune agriculture paysanne

Les différents besoins à satisfaire dans le cadre d'une agriculture paysanne (Source: Confédération Paysanne)

Le réseau des AMAP (Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) fait sien la charte de l’agriculture paysanne.

A l’international, la Via Campesina coordonne l’action politique des organisations de paysans et de travailleurs agricoles, se reconnaissant dans cette vision de l’agriculture.

« Biologique »: L’Agriculture Biologique possède des racines historiques complexes qu’il est impossible de résumer ici. Toutefois, elle se base sur une approche intégrale en terme agronomique (importance de la dynamique des sols, cultures associées, lutte intégrée…) et est définie par des limitations techniques particulières concernant l’utilisation de produits d’agro-chimiques. L’AB est structurée à l’échelle nationale, européenne et internationale en filières certifiées.

Le logo français de lAgriculture Biologique

Le logo français de l'Agriculture Biologique

Le versant social de l’agriculture biologique s’est construit au fur et à mesure de son histoire et de la structuration en réseau d’initiatives et de filières parfois isolées et en manque de reconnaissance. La Bio jouit aujourd’hui d’un véritable engouement, et l’imaginaire dépasse bien souvent les réalités en terme de volume de production locale. Cette relocalisation de l’économie est nécessaire, sous peine de voir la Bio s’enferrer dans un marché de niche, onéreux, spécifique et contradictoire en termes sociaux et écologiques.

La question de la certification de la production du Jardin des 400 Goûts se posera un jour et, là encore, je pense que nous avons tout à gagner à nous associer à des réseaux, notamment techniques, déjà existant (FNAB, ITAB, Inter-Bio… etc)

« Durable »: Mise en mouvement par le RAD (Réseau Agriculture Durable) et les CIVAM (Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural), l’agriculture durable se définit autour des notions de « fermes plus autonomes et plus économes ».

André Dédé Pochon, un des fondateurs du CEDAPA

André "Dédé" Pochon, un des fondateurs du CEDAPA

Cette expression concerne surtout les exploitations en élevage et polyculture élevage, avec l’expérience historique du CEDAPA (Centre d’Etude pour un Développement Agricole Plus Autonome) et de la « Méthode Pochon » (voir les livres d’André Pochon et le film Herbe sorti récemment et plus largement le livre « Paysans: de la parcelle à la planète » d’Estelle Deléage, qui permet de découvrir l’histoire des trois mouvements paysan, bio et durable au travers d’un regard socio-anthropologique). Les réseaux d’agriculture durable présentent une spécificité  historique intéressante dans l’élaboration du savoir, entre agriculteurs et scientifiques, sur un modèle d’éducation populaire et de groupes de développement locaux.

Film documentaire de Matthieu Levain et Olivier Porte sur deux systèmes d'élevage en Bretagne... à découvrir!

Film documentaire de Matthieu Levain et Olivier Porte sur deux systèmes d'élevage en Bretagne... à découvrir!

« Permaculture »: Voir à ce sujet l’article publié sur le site du Jardin des 400 Goûts. La permaculture se base, à la manière de l’agriculture biologique, sur une approche intégrale en terme agronomique, biologique et technique. Cette approche intégrale peut être vue comme plus radicale, mais là encore tout dépend des exploitations agricoles pratiquant la permaculture.

Dessin extrait du site de la Chico Permaculture Guild

Dessin extrait du site de la Chico Permaculture Guild

Ce qui nous intéresse dans la permaculture c’est le côté relativement iconoclaste de cette pratique, avec sa recherche de l’efficacité en diminuant le temps de travail et en maximisant l’observation et la mise en place de dispositifs astucieux. La permaculture s’attache à une production de connaissance contextualisée, à l’opposé d’un savoir technico-économique « clef en main ». Moins connue en France que les précédents qualificatifs, tout de même.

« Péri-urbaine »: Il s’agit d’une définition de contexte. La notion de « péri-urbain » a tendance à être assez floue, désignant tantôt des exploitations agricoles installées en périphérie des villes (mais disposant de terres agricoles de taille classique) ou bien des fermes intégrées dans un tissus urbain lâche (les surfaces sont morcelées, les voies d’accès sont plus compliquées…). La localisation péri-urbaine pose beaucoup de questions: l’accès au foncier est soumis à une pression forte, les exploitations sont parfois des témoins patrimoniaux importants (cas dans la région parisienne par exemple), la proximité de la ville permet de développer des modes de commercialisation (paniers, AMAP, cueillette…) et des activités (ferme pédagogique, jardin d’insertion) spécifiques.

Exemple de paysage en maraîchage péri-urbain... au Yémen! (source: FAO)

Exemple de paysage en maraîchage péri-urbain... au Yémen! (source: FAO)

Les exploitations agricoles péri-urbaines sont précieuses car elles permettent des passerelles entre deux univers traditionnellement et abusivement opposés (urbanité et ruralité). En terme économique et écologique, leur localisation met en mouvement la problématique de la production agricole en la rendant quotidiennement visible et parfois, comme c’est le cas dans les fermes pédagogique ou le projet des AMAP, accessible.

« Multifonctionnelle »: Sur le concept de multifonctionalité voir quelques articles sur le site du Jardin des 400 Goûts. Cette notion désigne à la fois la nature multidimensionnelle de l’activité agricole et la recherche d’une pluralité d’activité pour une exploitation agricole donnée (notion assez proche, dans un certain sens, de celle de poly-activité1).

Avec le Jardin des 400 Goûts, nous sommes en plein dans cette démarche intégrale!

1La poly-activité s’entend souvent par actif: agriculteur/ouvrier, agriculteur/gestionnaire de gîte…

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